Avignon 2019 – Nuits rhénanes : le récit pudique d’amours éternels

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Nuits rhénanes nous livre le récit intime de deux histoires d’amour entre hommes à travers deux textes délicats.

« Le Bain » de Jean-Luc Lagarce et « C’était de l’amour pourtant » de Bruno Dairou sont les deux œuvres courtes qui composent Nuits rhénanes. Elles se succèdent dans l’atmosphère sombre et silencieuse d’une salle suspendue aux mots des deux comédiens venus nous parler de ces amours passionnés et tragiques entre hommes.

Le Bain : le choix de la sobriété

Le temps a semblé marquer une pause pendant cette pièce en deux temps. D’abord seul sur scène dans une ambiance très tamisée, Pierre Courcelle impose une présence humble où seuls les mots comptent. Des mots qui racontent la passion obsédante d’un homme pour son ancien amour soudain réapparut dans sa vie. Une passion qui leur ferait presque oublier la maladie qui les consume l’un l’autre… L’émotion est pure, sans fioriture, semblable à du cristal au point que l’on n’ose à peine respirer. Le silence dans la salle est des plus parfaits. Cette pudeur excessive dans l’interprétation et la mise en scène nous a toutefois empêchés de nous connecter pleinement à cette émotion et d’en conserver en nous une empreinte. Sans doute aurions-nous eu besoin de plus de relief dans l’interprétation.

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© Maxime Solignat

C’était de l’amour pourtant : impossible d’en douter

Nous sommes davantage entrés dans cette seconde pièce où l’émotion nous a semblé gagner en profondeur. Cette fois, Pierre Courcelle est rejoint sur scène par Bruno Dairou pour faire revivre ce tragique fait divers. L’histoire de deux hommes profondément amoureux dont le bonheur est brutalement brisé par un acte homophobe qui vient imposer une intolérable absence. La langue, là encore, est d’une grande poésie. Elle peint avec justesse la cruauté qui nous est contée, tout en veillant là encore à ne pas renoncer à une certaine pudeur. Et les deux comédiens sont à la hauteur et forment un duo d’une grande sensibilité. Seuls les passages musicaux nous ont laissé sur le côté.

Une émotion à retardement

Étrangement, c’est quand la lumière s’est rallumée que nous avons eu les larmes aux yeux. Comme si l’obscurité avait permis de contenir l’émotion jusqu’à nous laisser croire que nous étions peut-être passés à côté de quelque chose, et que la lumière nous ramenait soudain à la réalité douloureuse du propos. C’est bien la première fois que nous commençons à apprécier vraiment une pièce après l’avoir vue plutôt que pendant, mais sans doute que certaines œuvres ont ce besoin là. Celui de prendre le temps de murir en nous pour pouvoir être appréciés à leur juste valeur.

Mélina Hoffmann

Nuits rhénanes, de Jean-Luc Lagarce (Le bain) et Bruno Dairou (C’était de l’amour pourtant), avec Pierre Courcelle et Bruno Dairou, se joue du 06 au 29 juillet 2019 au Théâtre de la Porte St Michel, à Avignon, à 22h30.

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© Maxime Solignat

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Guimauve

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